HENRI COMBY, 1965 > 1980

5 Novembre - 5 Décembre 2020

[VERNISSAGE] Samedi 7 novembre 11h-20h

 

Henri Comby, moteur !

 

Qu’est-ce qui meut un sujet humain ? Quelle est son énergie, son carburant, son essence dans les deux acceptions du terme ?  Est-ce la libido, la violence, la volonté de puissance, la vitesse, la surenchère technologique… ? Tout cela « combiné », engrené ensemble, répondrait peut-être l’artiste Henri Comby, témoin de son temps comme de la condition humaine. Henri Comby dont certaines œuvres sculptées en plâtre font s’éclore en tous sens des phallus, des alvéoles, des répétitions d’éléments organiques : ça pousse, ça fuit, ça vit. Et, bientôt, l’organique et le vivant iront, dans ses œuvres, se brancher à des machines, à des conduits, à des réseaux câblés, à des médias affolés. Dessins, collages, sculptures, comme autant de corps-machines, ou de machines organiques. 

En écho à ses œuvres, rappelons-nous des premières pages de l’Anti-Oedipe, où Felix Guattari et Gilles Deleuze définissent avec fracas, en 1972, leur nouvelle conception de l’inconscient comme machine désirante: « Ça fonctionne partout, tantôt sans arrêt, tantôt discontinu. Ça respire, ça chauffe, ça mange. Ça chie, ça baise… Partout ce sont des machines, pas du tout métaphoriquement : des machines de machines, avec leurs couplages, leurs connexions. »

 

Dans les années 1960, dans les années 1970, par la suite encore, Henri Comby témoigne et s’étonne de son époque où les médias fleurissent, où les bombes font champignons, où l’espace se conquiert à grands coups d’explosions et de fusées, où les magazines vendent de manière désinhibée des corps féminins… Ses collages et ses dessins, notamment, expriment cette énergie nouvelle, cette époque à la fois folle et enthousiaste, et l’artiste y semble partagé entre curiosité et effroi, constat et trauma.

Il s’agit pour lui d’ouvrir une époque comme des médecins d’antan ouvraient des corps pour y déceler une pathologie, un fonctionnement physiologique, une organisation singulière. Et l’on ne peut, ici, que renvoyer à l’enfance et à l’adolescence d’Henri Comby découvrant des carcasses d’animaux pendues dans la charcuterie familiale, ou visitant un abattoir porcin. Il dira d’ailleurs lui-même son admiration pour les écorchés de Rembrandt ou de Soutine, par exemple. 

Comment c’est fait un corps (animal ou humain), comment c’est fait une architecture religieuse romane ou baroque, comment c’est fait une usine, une soufflerie, une machine-outil… ? Quels organes les composent, quels flux et mouvements les traversent, quelles analogies les rapprochent… ? Telles sont les questions que posent au fond les sculptures en métal, les dessins, les collages, de l’artiste. Il ne s’agit pour lui ni d’en faire l’éloge ni une critique frontale, mais toujours et encore de s’étonner à la fois de l’ingénierie humaine et naturelle, et de sa possible sauvagerie destructrice. Et aussi, d’inventer à travers des formes artistiques de nouveaux fonctionnements, de nouvelles harmonies, de nouvelles organisations bio-industrielles. Avec, pour alléger le tout, toujours un peu d’humour.

 

— Jean-Emmanuel Denave, octobre 2020