De retour de Barcelone, Philippe Hortala quitte le blouson noir pour la chemise à fleurs. Dès 1985, il peint et expose ses intérieurs, des vues d’appartement aux couleurs vives, électriques, aux perspectives bousculées, béantes. L’intimité domestique grouille d’objets et de détails pour qui sait regarder. C’est un chaos organisé, un électrochoc visuel : on ne sait si le dedans verse dans le dehors ou plutôt l’inverse. Le regard du spectateur plonge souvent, surplombant les sujets du tableau : rien n’est droit, tous les volumes et les ouvertures surgissent de biais, entrechoqués comme dans un décor de film expressionniste (Le cabinet du docteur Caligari) : en premier lieu des fenêtres, des balcons, des portes et des tiroirs ouverts, des écrans allumés de télévision -avec de la neige, des images incertaines -, des tableaux aux murs. A l’intérieur la vie est lente quotidienne, comme écrasée par la chaleur. La lumière du jour entre dans ces intérieurs, allonge les ombres sur le sol, la chaise, la table… Parfois la nuit, l’appartement toujours abondamment éclairé. La vie du dehors est pleine de vacarme, les usines avec les cheminées qui fument, les avions passant au ras, dont on voit le ventre, les ailes, les hélices qui tournent, les réacteurs. Comme une menace. Du reste les lustres à pampilles s’en balancent au plafond (1). Ces tableaux forment le théâtre d’une vie bruyante, une vie extraordinaire à force d’exagération : le paysage entre dans l’appartement.
Extrait texte, communiqué exposition Philippe Hortala, voilà l’été.
Benoit Decron, historien de l’art, directeur honoraire du musée Soulages, Rodez.

![[EXPOSITION], PHILIPPE HORTALA, VOILÀ L'ÉTÉ](https://static-assets.artlogic.net/w_800,h_800,c_limit,f_auto,fl_lossy,q_auto/ws-henrichartier/usr/images/exhibitions/group_images_override/50/img_6738.jpg)